La vie urbaine des arbres

intensifier les usages nature

Exercice pratique : descendez dans le parc, la forêt, le bosquet en bas de chez vous, allongez-vous sous un arbre et lisez cet article...

Personnages principaux des sorties littéraires ou des articles ces dernières années, les arbres reviennent au cœur de l'imaginaire collectif, notamment en ville. Planter une forêt urbaine là où la nature n'aurait pas sa place ?

Cela dit, la forêt urbaine est un concept un peu flou. Serait-ce la belle forêt en lisière de ville où je peux amener les enfants faire un pique-nique le dimanche ? Ou bien le parc avec ses grands saules en bas de chez moi dont je fais dix fois le tour lors de mon jogging matinal ?

Il s'agirait plutôt de tous les espaces boisés, plus ou moins conséquents. Cela peut être une forêt en lisière de ville ou un bosquet entre deux friches industrielles, des arbres tri-centenaires ou des arbustes fraîchement plantés. Plusieurs pays et villes se lancent même dans de grands projets de reforestation, comme la Grande Bretagne, qui prévoit 50 millions d'arbres plantés dans le nord-ouest du pays d'ici 2050 ou Londres, en passe de devenir la première ville "parc national" du monde grâce à ses forêts périphériques. Mais nous oublions trop souvent qu'il existe aussi des opportunités moins visibles, notamment en ville, pour que les arbres se (re)déploient.

Les récentes publications littéraires (La vie secrète des arbres ; Et si on écoutait la nature ; La vie des plantes ; Mythologie des arbres...) montrent bien qu'il y a un regain d'intéret pour les arbres, éléments particulièrement spectaculaires de la nature. L'association des arbres remarquables a été fondée dès 1994 et a réalisé un tour de France métropolitaine pour labelliser des arbres dans les années 2000. Des articles récents reprennent ce dispositif pour donner envie notamment aux villes de s'y investir : le journal We Demain s'interroge même sur la nécessité de donner des droits aux arbres, afin d'assurer leur protection.

Cette fascination se retrouve aussi dans l'art urbain. Thomas Dambo crée, à Copenhague et dans d'autres villes européennes, des arbres faits de toutes pièces avec des planches en bois recyclés. Il installe aussi des nichoirs dans la ville afin d'interpeller les habitants et les pouvoirs publics sur le manque d'arbres en ville, et sur ses conséquences pour la biodiversité.

Thomas Dambo, Berlin Bird House Project

Même si vous avez le sentiment d'être déjà ensevelis sous les articles, interventions, documentaires, à propos du climat et de la biodiversité, il va sans dire que les bénéfices d'avoir des arbres (nombreux) en ville sont considérables :

  • Les arbres participent à l'amélioration de la qualité de l'air en absorbant des polluants rejetés dans les villes et en fixant les particules fines. Ils permettent donc d'atténuer le réchauffement climatique global en stockant du gaz carbonique. De même, ils luttent contre les phénomènes d'îlots de chaleur urbains en créant de l'ombre. En récupérant l'eau de pluie, ils diminuent le volume d'eau de ruissellement à traiter. Et en la transpirant, dont le joli mot technique est évapotranspiration, ils refroidissent aussi l'air.
  • Les arbres sont - évidemment - un appui pour la biodiversité : les oiseaux, les insectes, les champignons... Ils aident aussi à la connectivité entre les différentes trames vertes : celles qui passent (difficilement) au cœur de nos villes jusque dans les campagnes.
  • Enfin, des études, qui datent quand même des années 80/90s (on n'est pas pressé...), montrent le bénéfice des arbres sur le bien-être et la bonne santé des populations citadines : passer par une jolie forêt vaut mieux que des pilules anti-stress!

A Rio de Janeiro, la forêt de Tijuca est un bon exemple de forêt dans la ville. Elle doit sa préservation à une véritable volonté politique, consciente des avantages précités. Mais elle est aussi devenue une barrière sociale entre les quartiers riches et les quartiers pauvres...

Et si on remettait les arbres au coeur des projets urbains ? Quelques villes s'activent à ce propos, en témoigne le plan de Canopée urbaine du Grand Lyon, avec la réalisation d'une charte du respect de l'arbre. Objectif : améliorer les connaissances et mettre en avant leurs bienfaits pour développer la forêt urbaine. De même, la ville de Paris a lancé en août 2018 l'initiative "un arbre dans mon jardin" pour replanter des arbres chez les particuliers.

Et puis que faire des espaces urbains délaissés ? Comment utiliser les creux, les interstices, les vides de la ville ? Pourrait-on aussi y planter des arbres ? La méthode Miyawaki, venue (on s'en doute) du Japon, propose de planter des forêts indigènes très denses en ville avec des essences d'arbres et de plantes très adaptées au lieu : cette méthode permet d'attirer beacoup plus de biodiversité et les végétaux poussent plus rapidement. Cette idée a été récompensée par le prix Blue Planet. L'entreprise Reforestaction propose d'ailleurs cette nouvelle offre depuis un an, travaillant principalement avec des entreprises dans des zones d'activités, des friches, sur des terrains pollués et même quelques écoles de centre-ville !

Urban Forest, projet au Japon en 2008

Urban Forest, projet en France à Condé sur l'Escaut en 2017, 300 arbres plantés

Alors, vous n'étiez pas bien à lire cet article tranquillement sous un arbre ? A quand de véritables forêts urbaines dans les plis délaissés de la ville ? Ce serait l'opportunité de leur donner une fonction écologique, et pourquoi pas de nouveaux usages. Et puis avec cette méthode, ce n'est même plus un projet de long terme... Facile non ?

Frédérique Triballeau - Mai 2019

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