Les kangourous de Paâri

espace public mobilités

Entretien avec Hervé Dupont, ingénieur des ponts et architecte à la retraite. Hervé Dupont nous a envoyé il y a quelque temps un joli conte (voir ci-dessous), retraçant la vie d’animaux dans une réserve. Ce conte métaphorique de l’espace public soulève la question de l’accessibilité de celui-ci aux “petits animaux”, c’est-à-dire aux piétons. Si Hervé Dupont est mal-voyant depuis 5 ans, l'enjeu de l'accessibilité de l'espace public s'adresse à tous les piétons.

En première partie, le conte écrit par Hervé Dupont "Les kangourous de Paâri", suivi d'un entretien.

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Paâri est une petite réserve animalière très connue, parait-il. On y trouve de grands fauves qui rugissent et grognent ce sont de très redoutables prédateurs. On y trouve aussi de plus en plus de petits fauves, qui sont moins gros, mais grognent plus fort encore. Ils sont surtout plus agiles et se faufilent à toute vitesse entre les meutes de grands fauves. Tous ces fauves, comme il se doit, sentent fort le fauve.

Il y a aussi de grands et paisibles pachydermes qui se déplacent lentement. Ils s’arrêtent souvent pour permettre aux petits animaux comme moi de monter sur leur dos afin de se rendre dans une autre partie de la réserve. S‘il leur arrive de trompéter de temps en temps, ce sont des animaux serviables et plutôt débonnaires. Il faut juste prendre garde quand on est près d’eux, car avec leurs grosses pattes et leurs grandes oreilles ils ne nous voient pas bien et pourraient nous écraser par erreur.

Les grands et petits fauves se déplacent souvent en masse sur de larges pistes avec les gros pachydermes. La foule des petits animaux dont je fais partie est de loin la plus nombreuse, mais nous n’impressionnons personne et n’intéressons pas grand monde. Comme la réserve est toute petite, les gardes nous ont aménagé des sentiers et des clairières pour éviter la piste des fauves. Ils nous ont expliqué que c’était notre territoire et que nous n’avons rien à craindre tant que nous y restons.

Mais les grandes pistes de fauves passent un peu partout, il faut souvent les traverser pour chercher la nourriture ou se reposer sous les arbres. Les gardes ont aménagé pour nous des petites sentes qui traversent les grandes pistes à fauves. Plusieurs d’entre nous se font dévorer régulièrement en les utilisant. Les gardes ont alors planté des arbres aux fruits colorés qui changent souvent de couleur, passant tout le temps du vert au rouge au cours de la journée. Ils nous ont expliqué que cela arrête les fauves et permet de traverser : si nous respectons les couleurs, rien ne peut nous arriver. Nous avons appris cela à nos petits, mais certains se font tout de même dévorer par un fauve ou écraser par un pachyderme de temps en temps. C’est la loi de la jungle et nous ne sommes pas les plus forts.

Petit à petit notre territoire s’est rétréci. Les grands fauves se sont installés sur nos sentiers pour se reposer à l’ombre. Les petits fauves en ont fait autant. Les gardes n’ont pas fait grand-chose pour les en empêcher, pire ils ont installé sur nos sentiers des sortes de cabanes pour que les visiteurs de la réserve puissent se poser et bavarder en buvant. Elles prennent de plus en plus de place. Parfois nous ne savons même plus où marcher. Cela commence à sérieusement nous inquiéter.

Puis sont apparus les kangourous. À dire vrai, il y en avait depuis longtemps dans la réserve, mais ils étaient discrets et peu nombreux. Les anciens les appelaient « petites reines » c’est un bien joli nom. Contrairement aux fauves, ils ne sentent pas mauvais. Ce sont de petits animaux assez semblables à nous, mais qui se déplacent, accroupis sur leurs pattes de derrière, comme s’ils allaient déféquer, leurs petites pattes avant à l’horizontale droites devant eux. Ils vont beaucoup plus vite que nous.

Quand ils étaient peu nombreux, nous les trouvions assez sympathiques. Mais ils ont commencé à proliférer dès que la direction de la réserve a déclaré que c’était une espèce protégée. Les kangourous n’ont pas de territoire, ils sont chez eux dans toute la jungle, dans nos clairières, nos sentiers, nos sentes et les grandes pistes des fauves. Ils se promènent partout en allant dans tous les sens. On dit que sur la piste des fauves beaucoup se font dévorer ou écraser. Pour une raison que j’ignore, les kangourous ne connaissent pas les arbres à fruits verts et rouges, peut-être ne distinguent-ils pas les couleurs ?

Il y a plusieurs sortes de kangourous :

  • Le kangourou calme garde le thorax bien vertical, il se déplace un peu plus vite que nous, mais sait s’arrêter quand il le faut et sait distinguer les couleurs, nous le trouvons plutôt sympathique.

  • Le kangourou rêveur donne l’impression qu’il est ailleurs. On le reconnait aisément : il a toujours une de ses pattes avant collée à l’oreille. Il n’est pas vraiment agressif, mais il ne nous voit pas, ne nous entend pas, il vit dans un autre monde. C’est pour cela qu’il est dangereux.

  • Le kangourou pressé est le plus commun. Le thorax incliné vers l’avant, il ne pense qu’à la vitesse et considère qu’on l’offense s’il est contraint de s’arrêter. Nous sommes pour lui des obstacles qui sont priés de se pousser pour le laisser passer. Il est souvent agressif et crie d’autant plus qu’il se conduit mal.

  • Le kangourou hyper pressé est d’un genre très particulier. Son thorax est complètement penché en avant à l’horizontale, en prolongement des pattes avant, sans regarder autour de lui, la tête baissée entre les deux pattes avant. Il porte sur son dos une curieuse poche dorsale de forme carrée et fonce sans regarder comme s’il était seul sur les pistes et les sentiers. C’est de loin le plus dangereux. Il ne manifeste aucune agressivité, car cela lui ferait perdre du temps.

Comme ils devenaient de plus en plus nombreux, les kangourous ont demandé des pistes spécialement pour eux, pour avoir eux aussi leur territoire. C’était une bonne idée et nous espérions ainsi retrouver notre tranquillité, et pouvoir nous rassembler dans les clairières pour nous reposer et bavarder en laissant les petits jouer sans danger, aller sur les sentiers sans risquer d’être bousculé ou blessés. Mais le kangourou est partout chez lui et, malgré ces pistes, il continue d’envahir tous nos espaces. Nous sommes de plus en plus bousculés au point que les petits animaux blessés n’osent plus se déplacer pour chercher leur nourriture, nous sommes obligés de la leur apporter dans leur terrier.

La vie dans la réserve devenait de plus en plus difficile. Mais nous n’avions pas encore touché le fond. Il y a peu sont apparus les kangourous mutants. C’est une nouvelle espèce issue d’une mutation génétique. Il se développe très vite, selon les lois de l’évolution qui veulent que les plus forts éliminent les plus faibles.

Le kangourou mutant ressemble à son ancêtre, mais se tient debout bien droit sur ses pattes de derrière, les petites pattes avant à l’horizontale. C’est pourquoi les savants du Museum d’histoire naturelle le nomment « kangourou erectus » pour les distinguer du kangourou paârisiensis. Les mutants se déplacent beaucoup plus vite, et la nature ne semble pas les avoir dotés de la faculté de s’arrêter. Dès que les premiers kangourous erectus sont apparus dans la réserve, plusieurs des nôtres ont été gravement blessés, certains ont été tués. Le kangourou erectus est fondamentalement égoïste, au point qu’il arrive qu’il ne s’arrête pas quand il a renversé un autre animal.

C’est un ambitieux, il dispute aux grands fauves leur place sur les grandes pistes, se glisse furtivement dans leurs meutes, leur passe sous le museau sans crier gare, et défie même les grands pachydermes. Sur nos sentiers, il surgit sans bruit sans qu’on s’y attende et bouscule tout sur son passage. Il faut être très attentif et agile pour échapper à sa violence. Certains chez nous n’ont pas cette agilité et se font prendre. Pour compléter le tableau, nos sentiers et nos cours d’eau sont jonchés de carcasse de kangourous erectus sauvagement abandonnées, nos gardes ont peine à s’en débarrasser tant elles sont nombreuses et apparaissent dans les lieux les plus invraisemblables.

La situation est devenue dramatique pour les petits hôtes de la réserve. Nous avons donc décidé de demander à être aussi considérés comme une espèce à protéger. Nous avons adressé une lettre à la présidente de la réserve en espérant être entendus. On nous a dit que nous avions peu de chances de réussir, mais qui ne risque rien n’a rien. Et puis bientôt les présidents et présidents des réserves animalières doivent être renouvelés. Nous avons donc adressé la même lettre à tous les candidats. Ils sont nombreux, la présidence de la réserve d’animaux de Paâri est très convoitée.

Tant qu’à faire, comme c’est bientôt Noël, nous avons aussi adressé une copie au père Noël. Ce n’est pas que nous croyions au père Noël, mais au point où nous en sommes...

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Hervé Dupont - Je m’appelle Hervé Dupont, je suis ingénieur des ponts et architecte de formation. J’ai fait de l’urbanisme et de l’aménagement urbain toute ma vie professionnelle. J’ai notamment été directeur de l’agence d’urbanisme de Strasbourg en 1980, où à l’époque, on avait une politique très en avance sur le vélo en ville. Je faisais d'ailleurs beaucoup de vélo quand j’étais plus jeune. Mais depuis une dizaine d'années, ils me font peur.

Frédérique Triballeau - Ils vous font peur ? Comment cela ?

Hervé Dupont - Les associations de cyclistes donnaient beaucoup de conseils avant pour respecter les passages piétons, les feux de circulation, etc. Il y avait du respect envers les autres usagers de la route. À aucun moment on n’aurait pu envisager de griller un feu rouge. Aujourd’hui, je n’ose plus aller dehors tout seul. Et je ne parle même pas de trottinettes qui sont encore bien pires ! Le vélo s’arrête vite si les gens le veulent bien, mais pas la trottinette. Elle file, elle a beaucoup de mal à s’arrêter, elle met les gens en danger et pas seulement les malvoyants et les aveugles.

Je peux vous donner le quartier Pernety comme exemple, au sein duquel j'ai travaillé après avoir été alerté par l'association 60 Millions de Piétons dont je suis membre. Il y a là-bas un centre pour aveugles qui nous a alertés suite à la suppression d’un feu du jour au lendemain. Sans aucune information aux habitants et sans leur demander leur avis. Une aveugle a essayé de traverser, une voiture est passée devant sans s’arrêter, elle a eu très peur et beaucoup de mal à comprendre ce qu’il s’était passé. Le CEREMA a d’ailleurs fait un rapport sur les aménagements de ce quartier : ils expliquent que plus de 50% des automobilistes ne s’arrêtent pas au passage piéton, maintenant qu’il n’y a plus de feu. Ils nous ont aussi expliqué qu’environ 60% des piétons préfèrent la nouvelle disposition du passage, mais les déficients visuels qui ont perdu leur autonomie n'ont pas été pris en compte. Cela veut dire qu’on met de côté tous les plus fragiles : les enfants, les parents avec poussettes, les vieux avec leur canne, les malvoyants et les aveugles.

Je pourrais aussi vous parler des terrasses de café. Il faut savoir que l’été, elles débordent très largement. À l’angle de la place de Clichy, quand les beaux jours arrivent, la terrasse va jusqu’à la bordure du trottoir. Et juste à côté, c’est le rond-point avec les voitures qui circulent. Il est donc compliqué de passer, nous sommes obligés de demander aux gens de se pousser. C'est pourtant assez facile à contrôler, car la ville de Paris donne des autorisations pour faire un usage privatif de l'espace public. Mais rien n’est fait. Bien sûr que c’est très sympathique ces terrasses, mais tout le monde doit pouvoir circuler sans encombre.

Frédérique Triballeau - Comment se passe votre quotidien, vous qui êtes marinant malvoyant ?

Hervé Dupont - J'ai un bip pour déclencher la sonorisation des feux, ce qui me permet de savoir quand ils sont verts pour moi. Mais cela ne suffit pas, car la nuit par exemple, je ne vois les vélos qu'au dernier moment. Il y a quelques jours, je traversais de nuit, j’entendais bien le signal sonore du passage au vert pour les piétons. J’ai entendu deux vélos freiner brusquement, qui n’avaient visiblement pas prévu de s’arrêter au feu rouge, mais aussi quelqu’un en trottinette m'a crié d’avancer plus vite ! Évidemment, je l’ai fait, j’ai eu la trouille et personne ne s’est arrêté. Je pense qu’il y a deux raisons à cela. L’une, c’est que les trottinettes ont des distances de freinage qui semblent plus importantes que celles des vélos. Mais aussi, les utilisateurs des trottinettes en location sont facturés à la minute, donc à chaque fois qu’ils s’arrêtent cela leur coûte quelques centimes d’euros.

Sinon, quand il n’y a pas de feu ou que je ne peux pas mettre la sonorisation, je traverse le bras en l’air. Et la nuit, je mets un gilet réfléchissant. Ce changement de mentalité est vraiment dommageable pour le piéton, mais il y a des réglementations possibles à mettre en place pour que chacun soit respectueux de l'autre.

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Frédérique Triballeau - Qu'est-ce qui a changé selon vous dans le partage de l'espace public ?

Heré Dupont - Au nom de la mobilité active, il y a certain laxisme au détriment des piétons, elle autorise les vélos à griller les feux rouges et on les laisse circuler sur les trottoirs. Le discours politique a changé, de la notion de déplacement à la notion de mobilité. On parle de mobilité active, avec le vélo en exemple. Ce qui est en soit très bien, car le vélo est un moyen de transport rapide, agréable et non-polluant.

Cependant, avec l’arrivée des trottinettes, il y a deux ans, cela devient plus compliqué. Nous n’avons pas accès à l’accidentologie en trottinette, cela ne facilite pas le débat démocratique. On ne peut pas savoir le nombre de personnes qui sont bousculées, qui ne cassent la cheville, etc. Cela peut être assez handicapants pour les vieilles personnes, voire traumatisant. Même à 20 ans, on n’a pas envie de se casser la cheville à cause d’une trottinette. Dans certains pays, les trottinettes sont immatriculées, comme en Allemagne. Il y a même des pays où les vélos sont immatriculés. La règle du retrait de permis voiture si un vélo grille un feu rouge n'existe plus en France. Quand il y a beaucoup de voitures, ils s’arrêtent, car ils ont peur de se faire écraser, mais à l’inverse, ils ne font pas attention aux piétons qu’ils pourraient écraser. Pour les trottinettes en libre service, mettre des plaques d’immatriculation ou des numéros visibles permettrait de les repérer et de les verbaliser, comme le font les loueurs de voitures. Avec l'association 60 Millions de piétons, nous ne sommes pas du tout contre de nouvelles mobilités et un nouvel aménagement de la voirie. Mais malheureusement, nous avons l'impression que cela se fait au détriment des piétons.

Frédérique Triballeau - Comment la voirie devrait-elle être partagée selon vous ?

Hervé Dupont - Il faut que les trottinettes et les vélos restent à la place qui leur est attribuée. Prenons l’exemple des terre-pleins centraux sur les boulevards, qui sont piétons. Il y a une piste cyclable de chaque côté. Mais si le vélo ou la trottinette devant ne va pas assez vite, alors les autres prennent le terre-plein central pour le doubler, notamment les trottinettes. On est un peu en colère par rapport à cette situation. Si le gouvernement a été un peu laxiste, les mairies peuvent intervenir et être plus restrictives. Plusieurs candidats aux municipales parlent de faire des espaces de rencontres conviviales piétons. Pourquoi pas ? Mais si les vélos et les trottinettes passent à toute vitesse dessus, on ne peut simplement pas y aller, il y a trop de risque d'accident.

Frédérique Triballeau - Ce n'est pas vraiment un espace pour le piéton finalement. La place de la République est comme ça depuis quelque temps.

Hervé Dupont - Oui, normalement, les vélos doivent être au pas dans les espaces piétons. D’ailleurs, on ne sait pas bien ce qu’est le "pas". On parle de 6km/h, mais c’est déjà rapide pour certaines personnes. Notre association calcule plutôt une moyenne à 3,6km/h. Cela ne me dérange pas quand les cyclistes descendent de leur vélos quand ils sont sur le trottoir ou qu'ils roulent au pas. Je comprends aussi que certains véhicules, comme les gyropodes, aient peur d’aller sur la chaussée, car il y a des endroits où il n’y a pas de pistes cyclables. Mais ils ne sont pas censés aller sur le trottoir, cela peut mettre en danger les piétons. En général, les personnes me répondent que même si je ne les vois pas, eux ils me voient donc ils pourraient m’éviter. Sauf qu’un jour, entre la musique dans les oreillers et le téléphone, l'accident ne s'évite pas.

L’association 60 Millions de Piétons a demandé à baisser la vitesse des trottinettes. Le code de la route leur donne un maximum de 25km/h sur les pistes cyclables. La réduction de la vitesse maximale autorisée des trottinettes serait un facteur de sécurité pour tous et cette décision appartient aux mairies. Nous avons proposé15 km/h à la ville de Paris. La ville a finalement interdit le free-floating, ou le “dépôt-sauvage” comme je préfère dire, en les obligeant à se mettre dans des parkings prévus pour. C’est un progrès. Mais il n’existe que peu de parkings pour le moment.

Frédérique Triballeau - Il y a en des tests qui sont fait autour des parkings, notamment en Californie. Si les trottinettes sont garées n’importe où, à un emplacement qui n’est pas autorisé, le compteur continue de tourner. On pourrait aussi proposer des zones où il n’est pas autorisé de circuler. Cela fonctionne par GPS avec des zones interdites et des zones autorisées. Cela ne peut pas être extrêmement précis, mais cela pourrait être le cas pour gérer la place de la République par exemple.

Hervé Dupont - Oui, cette innovation est intéressante et mériterait d'être connue. La mairie de Paris a proposé une charte pour les trottinettes en location, mais cela reste très gentillet. Il y a une sorte de fascination dès que l’on sort l’argument d'“innovation”.

Frédérique Triballeau - Quelles seraient les demandes principales que vous aimeriez faire auprès des candidats aux municipales ?

Hervé Dupont - La première demande, ce serait que le ou la maire comprenne qu’il y a des piétons dans sa ville, tout simplement, qui aimeraient circuler en toute sécurité. Donc, qu’il ou elle fasse usage de ses pouvoirs pour remettre de l'ordre. La deuxième demande serait que le franchissement des voies de circulation et des pistes cyclables nous soit facilité, malgré leur multiplication. Et aussi que nous ayons des espaces tranquilles, comme les trottoirs, les terres-pleins centraux et les parcs.

Nous aurions aussi besoin d'avoir des aménagements plus pro-piétons, avec des chaussées ordonnées et de bonne qualité. Concernant les aveugles et les mal-voyants, cela serait bien que tous les feux, notamment ceux autour des tramway, soient équipés de sonorisation. La technologie existe, mais la ville n’a équipé que très peu de franchissements à ce jour et n’a pas établi de programme d’équipement. Finalement, je demanderai dans ma lettre au Père Noël que la ou le maire comprenne qu’il faut une action vigoureuse d’information et d’éducation des usagers avec verbalisation des infractions

Frédérique Triballeau - Ce que l’on comprend de tout cela, c’est que ce n’est finalement pas seulement un enjeu pour les malvoyants et les aveugles, mais pour tous les piétons.

Hervé Dupont - Oui, tous les types de piétons. Avant tout évidemment pour les déficients visuels, toutes les personnes en situation de handicap et les jeunes enfants qu’ils se déplacent à pied ou à vélo. Ce sont tout un tas de petites choses finalement. Il faut sanctuariser nos espaces, comme le trottoir, qui est aux piétons et à personne d’autre. Notre association n'est contre aucun moyen de déplacement, mais il serait moins dangereux et moins anxiogène que les véhicules ne circulent que sur les voies qui leur sont réservées. C’est faisable de descendre de son vélo ou de sa trottinette pour traverser le passage piéton ou être sur le trottoir avant de rejoindre la piste cyclable. L’État a créé un Monsieur Vélo, pourquoi ne créerait-il pas un Monsieur Piéton ?

Frédérique Triballeau - Peut-être que la règle de base serait de sanctuariser les trottoirs. La première liberté, c'est quand même de marcher.

Hervé Dupont - Oui, c’est pour cela que je suis dans une association qui parle de tous, et à tous les piétons. Comme j’ai beaucoup travaillé sur les voiries publiques, je considère que cela concerne vraiment tout le monde. Ce n’est pas parce que l’on marche mal qu’on n’a pas le droit de sortir. Mais il y a des gens qui n’osent plus sortir de chez eux, parce qu’ils trouvent la rue trop dangereuse. Je pense à cette dame dans l’immeuble, ses enfants lui demandent de ne pas sortir, de peur qu’elle se fasse renverser. Elle a 84 ans, mais elle peut marcher, elle doit marcher même, rien que pour faire quelques courses. Le premier devoir d’une municipalité est bien de rendre l’espace public accessible à tous et de le protéger.

Pour aller plus loin :

  • Dernière vidéo de Pop-up urbain pour Demain la ville sur la piétonnisation des villes
  • Le programme Une voierie pour tous par le CEREMA

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