Sanctuariser les terres agricoles

faire recycler les espaces

Terre de Liens, association nationale née en 2003, a pour objectif de protéger la terre comme ressource vivante, espace de vie et d’échange, comme patrimoine commun à protéger et gérer collectivement.

dixit.net mobilise cette année 1% de son chiffre d’affaires pour permettre à l'association le rachat de terres à Bouguenais, en périphérie de Nantes, afin d’y développer une agriculture biologique en circuit court. Une bonne occasion pour comprendre un mode original d'action contre l'étalement urbain.

Depuis une dizaine d'années à Bouguenais, la ferme des Neuf-Journaux propose en vente à la ferme ou en AMAP de la viande bovine, notamment de la vache nantaise. C'est une exploitation emblématique de ce secteur périurbain dynamique de Nantes, qui a connu un développement urbain important, mais où dès la fin des années 1990 une vraie volonté politique et citoyenne a permis de préserver les terres agricoles.

Les communes de Bouaye et Bouguenais ont en effet pris conscience très tôt de l’importance de sanctuariser leurs terres agricoles. Ici comme ailleurs, le foncier agricole est touché par une triple crise qui le destine naturellement à accueillir l'étalement de la ville à coup de lotissements ou de zones d'activités :

  • Un très fort recul du nombre d'exploitations depuis des décennies, qui s'accentue avec le départ à la retraite imminente de toute une génération (un tiers des agriculteurs français devraient partir à la retraite dans les trois prochaines années) et la difficulté à trouver des repreneurs.

  • La fragmentation historique du foncier des exploitations en périurbain, très souvent éclaté différents baux agricoles auprès de propriétaires différents, rendant très difficile toute réorganisation. Pour la ferme des Neuf-Journaux, l'exploitant entretient ainsi des relations avec 70 propriétaires, mais une ferme de Couëron en cours de rachat par Terre de Liens en compte plus d'une centaine !

  • Un mouvement de rétention foncière bien connu dans les secteurs périurbains, où les terres agricoles sont laissées en friche dans l'attente d'une urbanisation future, plutôt que de les louer à un exploitant. Faible rentabilité, complexité de gestion et difficulté à trouver des exploitants se conjuguent pour inciter les propriétaires à miser sur l'étalement urbain plutôt que sur l'agriculture.

C’est là que Terre de Liens intervient. À Bouguenais comme ailleurs, l'association intervient sur deux registres complémentaires : une ingénierie de projet et la maîtrise foncière. Monter un projet comme celui mis en place pour la ferme des Neuf-Journaux nécessite un vrai travail de médiation entre les propriétaires, les porteurs de projet, les associations citoyennes et les Collectivités. L’association locale AIRES (Action et Initiatives Rurales et Sylvicoles) travaillant dans ce secteur a pris contact avec Terre de Liens pour monter un projet et racheter 2 hectares appartenant à plusieurs propriétaires. 7 autres hectares pourraient suivre dans les prochaines années. Mais tous ne souhaitaient pas se regrouper sous une Association Foncière Agricole afin de gérer collectivement les terres… ni tous vendre. Terre de Liens, en partenariat avec l’association locale Aires a donc organisé des échanges fonciers et racheté une partie des terres en faisant intervenir la Fondation Terre de Liens : une structure juridique autonome qui fait l'acquisition de foncier agricole pour les remettre en bail à des exploitants selon un cahier des charges strict (agriculture biologique).

Cette ingénierie et cette foncière constituent un outil privé original qui permet à la fois aux exploitants de bénéficier d'un accès pérenne à des terres agricoles, mais aussi de sanctuariser ces sols en les destinant exclusivement à un usage agricole, et les protégeant de l'urbanisation progressive. Un mode d'intervention complémentaire aux cadres de protection qui peuvent (mais pas toujours) être engagés par les Collectivités.

On peut déjà goûter à la viande des Neufs journaux vendue dans les AMAP nantaises.

dixit.net / Juillet 2019

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