GIEC S6E3 : L'atténuation du changement climatique

GIEC S6E3 : L'atténuation du changement climatique

Voici le troisième épisode de la synthèse du 6e rapport d'évaluation du rapport du GIEC que nous propose Valérie Masson-Delmotte sous la forme d'un fil de tweets reproduits ici de façon plus lisible. Les autres épisodes sont ici :

GIEC S6E1 : Les bases physiques du changement climatique
Voici le premier épisode de la synthèse du 6e rapport d’évaluation du rapport du GIEC que nous propose Valérie Masson-Delmotte sous la forme d’un fil de tweets reproduits ici de façon plus lisible. Les autres épisodes sont ici : Merci à elle pour ce travail ! Bonjour! Voici une présentation pour le…
GIEC S6E2 : Impacts, adaptation et vulnérabilités vis-vis du changement climatique
Voici le second épisode de la synthèse du 6e rapport d’évaluation du rapport du GIEC que nous propose Valérie Masson-Delmotte sous la forme d’un fil de tweets reproduits ici de façon plus lisible. Les autres épisodes sont ici : Merci à elle pour ce travail ! Bonjour! Voici une présentation pour les
GIEC S6E3 : L’atténuation du changement climatique
Voici le troisième épisode de la synthèse du 6e rapport d’évaluation du rapport du GIEC que nous propose Valérie Masson-Delmotte sous la forme d’un fil de tweets reproduits ici de façon plus lisible. Les autres épisodes sont ici : Merci à elle pour ce travail ! Bonjour ! Voici, pour les francophones…

Merci à elle pour ce travail !


C’est-à-dire les interventions humaines pour réduire les émissions ou renforcer les puits de gaz à effet de serre. Cette évaluation a été préparée par 278 scientifiques de 65 pays qui ont examiné les éléments factuels de + de 18 000 articles scientifiques et pris en compte des milliers commentaires au cours des étapes successives de relecture.

Rappel : ce rapport s’intègre dans le 6ème cycle d’évaluation du GIEC et complète les rapports des groupes I (bases physiques du changement climatique) et II (vulnérabilités, impacts, et options d’action pour l’adaptation)

Le réchauffement dû à l'influence humaine est déjà de 1,1°C (moyenne 2010-2019 par rapport à 1850-1900). Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour limiter le réchauffement à 1,5°C. La réalité est que les émissions de gaz à effet de serre, qui provoquent le réchauffement planétaire, sont à leur plus haut niveau dans l'histoire de l'humanité.

En 2019, les émissions mondiales de gaz à effet de serre étaient environ 12 % plus élevées qu'en 2010 et 54 % plus élevées qu'en 1990 (en CO2-équivalent). Elles sont continué à augmenter pour chaque groupe de gaz à effet de serre
(FFI = énergies fossiles et industrie ; LULUCF = utilisation et changements d’affectation des terres).

Les émissions de CO2 et de CH4 (méthane) sont les facteurs dominants du réchauffement. Leur effet réchauffant est en partie masqué par l’effet « parasol » des particules de pollution de courte durée de vie dans l’atmosphère (aussi liées à la combustion d’énergies fossiles).

Les émissions de gaz à effet de serre sont réparties très différemment selon les régions, en ce qui concerne le cumul historique des émissions de CO2 (en lien direct avec le réchauffement) et en ce qui concerne les niveaux actuels d’émissions.

Notez que le tableau ci-dessus tient compte de la différence entre émissions sur le territoire national (calcul basé sur la production) et émissions associées à la consommation (calcul tenant compte du commerce international).

En 2019, 41% de la population mondiale vit dans des pays où les émissions moyennes par habitant sont inférieures à 3 tonnes CO2-équivalent / an, avec souvent un manque d’accès à des services énergétiques modernes de base.
Eliminer l’extrême pauvreté, la précarité énergétique, et permettre de vivre décemment peut être réussi à court terme dans ces pays, en atteignant les objectifs de développement durable, sans augmenter significativement les émissions mondiales.
La consommation des 50% des ménages aux émissions les + faibles ne représente que 13-15% des émissions mondiales, tandis que les 40% du milieu pèsent pour 40-53% des émissions mondiales, et les 10% les + émetteurs pour 34-45% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Voici, pour 109 pays, l’empreinte carbone par personne (CO2 seul, pas les autres gaz à effet de serre) moyenne (en rouge), et en fonction des catégorie de revenus (en bleu).

L’action pour le climat monte en puissance et le rythme moyen de hausse des émissions mondiales a ralenti au cours de la dernière décennie, passant de +2,1 % par an dans les années 2000 à +1,3 % par an entre 2010 et 2019.

Voici, en CO2-équivalent, le poids des différents secteurs dans les émissions de gaz à effet de serre, en 2019 (1/3 pour l'énergie) et après réaffectation de la production d'électricité et de chaleur aux autres secteurs concernés : 1/3 pour l'industrie.

Le rythme de hausse des émissions de gaz à effet de serre a diminué de plus de moitié pour le secteur de l’énergie passant de 2,3% (2000-2009) à 1% (2010-2019) et l’industrie (3,4% à 1,4%) mais est resté constant pour celui des transports (+2%/an).
Les émissions de CO2 liées aux énergies fossiles et l’industrie ont temporairement diminué au début de l’année 2020 du fait des mesures de confinement COVID19 (-5,8%) puis rebondi (rien à voir avec une transition juste construite et mise en oeuvre). Une vingtaine de pays sont parvenus à réduire régulièrement leurs émissions sur plusieurs années à un rythme compatible avec la limitation du réchauffement à 2°C.
Un nombre croissant de politiques et de lois ont permis d'améliorer l'efficacité énergétique, de réduire les taux de déforestation et d'accélérer le déploiement des énergies renouvelables.

Et des lois sur le climat qui permettent de réduire ou d'éviter des émissions sont en vigueur dans 56 pays, couvrant plus de la moitié des émissions mondiales.

Mais les politiques publiques restent limitées en ce qui concerne les émissions du secteur agricole et des matières premières et matériaux industriels.

Les engagements des collectivités territoriales (villes et régions) montent aussi en puissance.

C’est important parce que 2/3 des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent des zones urbaines du fait de multiples facteurs (population, revenus, urbanisation, forme urbaine) avec de forts contrastes d’émissions par habitant (basées sur la consommation) selon les régions du monde.

Des réussites notables! Depuis 2010, une baisse des coûts unitaires, avec des réductions de 85 % pour l'énergie solaire, de 55 % pour l'énergie éolienne et de 85 % pour les batteries. Dans certains cas, ces coûts sont tombés en dessous de ceux des combustibles fossiles avec une forte augmentation des capacités installées (courbes jaunes ci-dessous).


Malgré ces progrès, à moins de réductions immédiates et massives des émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs, limiter le réchauffement à 1,5°C sera hors de portée.

Entre 1850 et 2019, les émissions cumulées totales de CO2 dues aux activités humaines (tous secteurs) ont été de 2 400 (±240) GtCO2 (milliards de tonnes).
Sur ce cumul, environ 410±30 GtCO2 ont été ajoutées en 10 ans (2010-2019).
C'est un ordre de grandeur comparable au budget carbone résiduel à partir de début 2020 permettant de limiter le réchauffement à 1,5°C (50% de probabilité), évalué à environ 500 GtCO2.Le budget carbone résiduel à partir de début 2020 permettant de limiter le réchauffement à 2°C (avec 67% de probabilité) n'est que d'environ 1150 Gt CO2.
Si les infrastructures énergétiques existantes liées aux énergies fossiles sont utilisées tout au long de la durée de vie habituelle, leurs émissions de CO2 atteindrait le budget carbone résiduel pour 1.5°C.

Ce rapport évalue des centaines de scénarios socio-économiques, leurs implications pour les émissions de gaz à effet de serre, et pour le réchauffement planétaire.

Sur les 1712 scénarios évalués, voici leur classification selon les catégories de résultats décrites ci-dessus (selon la probabilité de réchauffement en 2100 avec ou sous dépassement, OS = overshoot).

Il reste très difficile d’évaluer la probabilité d’occurrence de ces différents scénarios, du fait des incertitudes profondes et de l’importance des choix humains.
Les scénarios de fortes émissions sont devenus considérablement moins probables mais ne peuvent être totalement exclus.
Sans politiques publiques supplémentaires mises en oeuvre, les scénarios d’émissions de référence sont typiquement dans les catégories C5-C7 ci-dessus.
Cette évaluation permet de définir les caractéristiques clés de trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre permettant de convenir le réchauffement largement sous 2°C ou 1,5°C (objectifs de l’Accord de Paris sur le climat).
Dans les scénarios évalués, limiter le réchauffement à 1,5 °C requiert que les émissions mondiales de gaz à effet de serre commencent immédiatement à diminuer fortement pour être réduites de 43 % d'ici 2030.

Les émissions de méthane, un gaz à effet de serre puissant mais à courte durée de vie, devraient également être réduites d'environ un tiers au cours de la même période. Pour limiter le réchauffement à environ 2°C, il faut aussi que les émissions mondiales diminuent immédiatement et soient réduites d'un quart d'ici 2030. Des réductions profondes et durables des émissions des autres gaz à effet de serre seraient également nécessaires.

Limiter le réchauffement à environ 1,5 °C demande d’atteindre des émissions (issues des activités humaines) nettes de CO2 égales à zéro au début des années 2050. Pour le limiter sous 2°C, les émissions de CO2 devraient être réduites à net zéro au début des années 2070.

Les politiques publiques mises en place jusqu’à fin 2020 (en jaune ci-dessous) impliqueraient des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 57 milliards de tonnes de CO2-équivalent d’ici 2030...

Les contributions déterminées nationalement avant la COP26 (octobre 2022, en violet) pourraient engager une légère diminution d’ici 2030, bien trop lente par rapport à la forte baisse nécessaire chaque année d’ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

L’examen des politiques publiques déployées en 2020 montre que, sans renforcement des actions concrètes d'atténuation, les trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre pourraient entraîner un réchauffement de l’ordre de 2,9-3,2°C d’ici 2100. Plus on tarde à réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre, plus il devient quasi inévitable que nous dépassions au moins temporairement 1,5°C et revenir en dessous de ce niveau de réchauffement d'ici la fin du siècle ne serait possible qu’avec des émissions nettes négatives pour éliminer le CO2 de l’atmosphère... (avec des questions de faisabilité). Quelles sont donc les options disponibles dans chaque secteur pour réduire les émissions et agir pour protéger notre climat ?

Dans chaque secteur, il existe des options faisables permettant de réduire les émissions immédiatement et fortement les émissions de gaz à effet de serre!

Ce rapport examine leur faisabilité et les conditions propices à leur déploiement.

En les déployant, il serait possible de réduire de + de moitié les émissions mondiales d'ici à 2030 et de maintenir ouverte la possibilité de limiter le réchauffement à un niveau proche de 1,5 °C.

Le secteur de l'énergie représente environ un tiers de toutes les émissions et des transition majeures sont nécessaires pour limiter le réchauffement planétaire.

Cela impliquera une réduction substantielle de l'utilisation des combustibles fossiles, des systèmes énergétiques bas carbone ou sans carbone, une électrification généralisée, l'utilisation de carburants alternatifs tels que l'hydrogène et les biocarburants durables, le recours au captage et stockage et une meilleure efficacité énergétique.

Actuellement, dans le monde, les subventions aux énergies fossiles sont environ 2x supérieures aux subventions pour les renouvelables. La transition vers un secteur énergétique bas carbone réduira le commerce international des combustibles fossiles.

Les options d’action comportent l’arrêt et la réduction d’utilisation de centrales thermiques, et l’annulation de nouveaux projets de centrales à charbon sans captage et stockage. L'efficacité énergétique et la réduction de la consommation d'énergie peuvent être obtenues grâce aux technologies numériques.
Il est également possible de décentraliser le réseau énergétique de sorte que l'énergie provienne de plusieurs réseaux énergétiques localisés plutôt que d'un réseau électrique principal. Les systèmes électriques alimentés par des énergies renouvelables sont de plus en plus viables, mais il sera difficile d'alimenter l'ensemble du système énergétique de cette manière. Voici un schéma d’un système énergétique zéro émissions de CO2, y compris pour les secteurs difficiles à électrifier.

Dans certaines régions et secteurs, maintenir des systèmes intensifs en émissions serait plus coûteux que de mettre en place une transition vers des systèmes à faibles émissions. Celle-ci apporte des bénéfices considérables pour la qualité de l’air et la santé. Le nucléaire est une technologie mature qui peut fournir de l’électricité bas carbone à grande échelle, à condition d’améliorer la gestion de la construction de types de réacteurs pour réduire les coûts et permettre une utilisation + large. Le nucléaire est affecté par des dépassements de coûts, des besoins initiaux d’investissements élevés, des enjeux de la gestion des déchets radioactifs, et des niveaux variables de soutien public et politique. Plusieurs options existent pour le nucléaire : grands réacteurs ; allongement de la durée de vie des réacteurs existants ; petits réacteurs modulaires ; production d’hydrogène et d’eau douce bas carbone. Des actions structurantes (politiques publiques, infrastructures) peuvent aussi accompagner l'évolution des modes de vie et comportements, pour réduire notre empreinte carbone, en améliorerant notre santé et notre bien-être.

Il existe pour la demande et les services un potentiel inexploité de réduction des émissions mondiales de 40 à 70 % d'ici à 2050, mais seulement si les politiques, les infrastructures et les technologies nécessaires sont en place.

Les personnes aux revenus les + élevés ont le + fort potentiel de réduction, en tant qu'investisseurs, consommateurs, influenceurs ou professionnels.

Les technologies numériques ne peuvent soutenir la décarbonation qu’avec une gouvernance appropriée.

Il y a un potentiel d’atténuation pour de nombreuses solutions numériques orientées vers les utilisateurs, mais aussi des risques d’émissions qui augmentent (substitutions inefficaces, demande induite, effets rebonds).

Différentes stratégies d’économie circulaire ou d’économie du partage ont différents potentiels relatifs d’atténuation.

Bien qu'il existe un potentiel d'atténuation dans de nombreuses régions du monde, dans certains endroits, les populations ont besoin de logements, d'énergie et de ressources supplémentaires pour assurer leur bien-être. Pour être efficaces, les changements de mode de vie devront être soutenus par des changements systémiques dans tous les aspects de la société - y compris les transports, les bâtiments, l'industrie et l'utilisation des terres. Dans le secteur des transports, la réduction de la demande joue un rôle dans la réduction des émissions, et les technologies bas carbone sont également essentielles.

Les véhicules électriques offrent le plus grand potentiel, pour autant qu'ils soient associés à des sources d'électricité bas carbone ou zéro carbone. Les progrès réalisés dans les technologies des batteries pourraient contribuer à l'électrification des camions et compléter les systèmes ferroviaires électriques classiques. Les analyses en cycle de vie montrent les effets majeurs associés au nombre de passagers, au poids des véhicules, et au type de motorisation. Et vive le vélo !

Code de lecture :
BEV = battery electric vehicle; FCEV = fuel cell electric vehicle; HEV = hybrid electric vehicle; ICE=internal combustion engine; PHEV = plug-in hybrid electric vehicle.

Les leviers d’action peuvent être différents pour décarboner les véhicules plus lourds.

Il y a actuellement un déficit de prise de responsabilités vis-à-vis des émissions des transports maritime et aérien internationaux, avec un manque d’objectifs et de mécanismes de mise en œuvre. Pour ces secteurs de l'aviation et du transport maritime, qui sont + difficiles à décarboner, des carburants alternatifs tels que l'hydrogène bas carbone et les biocarburants seront nécessaires. L'approche de l'évaluation ASI "avoid shift improve" (éviter déplacer améliorer) et du niveau de maturité technologique (TRL) est illustrée ici pour les transports.

Globalement, le potentiel de réduction des émissions des transports est important, mais il dépend de la décarbonation du secteur de l'électricité. La maîtrise de la demande est importante (cf scénario LD, "low demand").

Les villes et autres zones urbaines sont responsables de plus des deux tiers des émissions mondiales, si l'on tient compte de ce qui est produit dans la ville et apporté d'ailleurs. Et le potentiel de réduction de ces émissions est considérable.

Dans toutes les villes, une meilleure planification urbaine est essentielle.

3 autres stratégies clés se sont avérées efficaces : production et consommation durables de biens et de services, électrification, amélioration de l'absorption et du stockage du carbone dans les villes (infrastructures vertes et bleues). L’action d’atténuation des villes peut avoir des effets en cascade dans de multiples secteurs, et aux échelles régionales, nationales et globales (chaînes d’approvisionnements, flux de ressources, institutions).

Les formes urbaines compactes et accessibles à pied sont associées à des émissions de gaz à effet de serre plus faibles, et une co-localisation des lieux de vie et de travail.

Les infrastructures urbaines vertes et bleues présentent de multiples bénéfices en matière d’atténuation et d’adaptation à un climat qui change (ex. intensification des extrêmes chauds et des pluies extrêmes).

Le secteur du bâtiment peut atteindre des émissions nettes zéro d'ici 2050.

Il s'agit aussi de moderniser les bâtiments existants et d'utiliser des techniques d'atténuation efficaces dans ceux qui doivent encore être construits.

Il faut pour cela des mesures ambitieuses, qui peuvent inclure l'utilisation des énergies renouvelables, ainsi qu'une conception et une utilisation efficaces de l'espace, de l'énergie, des matériaux et des appareils.

Il existe un nombre croissant de bâtiments à énergie nulle ou à émission de carbone nulle dans presque tous les climats. Cette évolution est possible à la construction et à la rénovation.

Pour une même masse, différents types de matériaux de construction ont des quantités d’émissions ou de stockage de carbone très différents.

Le rapport met l’accent sur le potentiel associé aux politiques et interventions centrées sur la sobriété ("sufficiency") dans le secteur du bâtiment (non associée à d’éventuels effets rebonds comme cela peut être le cas pour l'efficacité).

On pourrait réduire + vite les émissions dans ce secteur en accélérant les rythmes de rénovation et de modernisation. Atteindre net zéro CO2 dans le secteur de l'industrie reste un défi et demande des changements de pratiques et un effort majeur de recherche et développement.

Dans l’industrie, la réduction des émissions de gaz à effet de serre passe par une utilisation plus efficace des matériaux et de l'énergie, la réutilisation et le recyclage des produits et la réduction des déchets.

Ces approches sont actuellement sous-utilisées dans les politiques et les pratiques industrielles. Voici l'évolution récente de la demande de certains matériaux dans le monde.

Pour les matériaux de base, notamment l'acier, les matériaux de construction et les produits chimiques, les procédés de production à émissions de gaz à effet de serre basses ou nulles en sont à leur stade pilote ou quasi commercial. Dans certains cas, ils en sont au stade commercial mais ne sont pas encore devenu une pratique industrielle généralisée.

Dans ce secteur, qui pèse pour 1/4 des émissions mondiales (1/3 avec électricité et chaleur utilisées), atteindre net zéro nécessitera de nouveaux procédés de production, de l'électricité bas carbone, de l'hydrogène et, si nécessaire, le captage et stockage du carbone.

Voici une représentation schématique des contributions de différents facteurs à la transition de l’industrie vers des émissions net zéro.

Compte-tenu de la durée de vie des infrastructures industrielles lourdes, engager une action déterminée rapidement est critique.

Pour contrebalancer les émissions difficiles à éliminer, provenant par exemple de l'agriculture, de l'aviation et de certains processus industriels, il serait nécessaire d'éliminer du dioxyde de carbone de l'atmosphère.

Différentes méthodes permettraient de retirer le CO2 de l'atmosphère et le stocker. Des méthodes biologiques permettent de stocker le carbone, comme la reforestation et la gestion du carbone dans le sol.

Les approches technologiques, telles que le captage direct dans l’air puis stockage, nécessitent davantage de recherches, d'investissements initiaux et de preuves de concept avant un déploiement à relativement grande échelle.

Pour que l'élimination du dioxyde de carbone puisse être efficace, il est nécessaire de disposer de méthodes reconnues de mesures, d’inventaires et de vérification - des progrès rapides sont indispensables en particulier dans le secteur lié à l'usage des terres. L'agriculture, la sylviculture et les autres usages des terres peuvent permettre de réduire les émissions à grande échelle et d'éliminer et stocker du CO2.

Il existe actuellement de grandes différentes dans les émissions par personne des systèmes alimentaires des différentes régions du monde (émissions territoriales), avec des enjeux en matière de santé (malnutrition maternelle et infantile, en rouge ; maladies chroniques liées à une alimentation déséquilibrée en jaune et au surpoids en bleu).

Il existe des leviers d'action pour protéger et restaurer les écosystèmes naturels, notamment les forêts, les tourbières, les zones humides côtières, les savanes et les prairies.

La gestion améliorée et durable des cultures et du bétail joue également un rôle clé.

Différentes approches peuvent contribuer à l’atténuation, selon leur mise en œuvre.

L’agriculture biologique présente les co-bénéfices maximaux, mais, sans modification des types d’alimentation, du fait de rendements plus bas, pourrait entraîner une hausse des émissions nettes liées au changement d’affectation des terres (pour maintenir la production). Voici l’évaluation des intensités carbone (en kg de CO2-équivalent pour 100 g) de différentes sources de protéines pour notre alimentation.

L'utilisation des terres joue un rôle critique, pour l'alimentation humaine et animale, pour les moyens de subsistance, et pour la nature. Les demandes concurrentes doivent donc être gérées avec une grande prudence.

C'est illustré ici avec les évolutions contrastées des émissions de gaz à effet de serre liées à l'usage des terres dans différents scénarios illustratifs évalués dans ce rapport.

Les terres ne peuvent pas tout faire pour éliminer et stocker le carbone et ne peuvent pas compenser les réductions d'émissions retardées dans d'autres secteurs. Si l’on examine 7 types de scénarios illustratifs, avec différents curseurs sur les profils d’actions, et différents systèmes énergétiques.

Ils comportent différentes ampleurs d’élimination de CO2 de l’atmosphère par différentes approches. Les scénarios mettant l’accent sur la soutenabilité, l’action sur la demande et le déploiement rapide de renouvelables y font nettement moins recours.

Comment renforcer la réponse et accélérer la transition vers une économie sobre en carbone ? Les prochaines années sont critiques si nous voulons limiter le réchauffement à un niveau proche de 1,5°C. Quels sont les moyens d'améliorer les chances de réussite ?
Commençons par la finance.

L’évaluation montre que les flux financiers sont de trois à six fois inférieurs aux niveaux nécessaires d'ici à 2030 pour limiter le réchauffement à moins de 1,5°C ou 2°C, mais il existe suffisamment de capitaux et de liquidités au niveau mondial pour combler les écarts d'investissement.

Des signaux clairs de la part des gouvernements et de la communauté internationale, y compris un alignement plus fort des finances et des politiques du secteur public, sont d'une importance capitale. C'est pour les pays en développement que le défi de combler les écarts est le plus grand.
Sans même tenir compte des avantages économiques liés à la réduction des coûts d'adaptation ou aux impacts climatiques évités, l’effet des mesures nécessaires pour limiter le réchauffement à 2°C ou moins, par rapport au maintien des politiques actuelles serait faible sur l’évolution du PIB mondial (en tout, quelques points de pourcentage d’ici 2050).
Voici un schéma des différents types de scénarios analysés dans ce rapport, et leurs implications en matière de risques physiques (pour chaque incrément de réchauffement supplémentaire) et de risques de transitions (actifs échoués), selon leur mise en œuvre.

Intéressons-nous maintenant aux instruments réglementaires et économiques, ainsi qu'aux politiques, qui jouent un rôle crucial dans le renforcement de la réponse.

Les instruments réglementaires et économiques se sont déjà révélés efficaces pour réduire les émissions : normes d'efficacité des véhicules, codes de construction, politiques de décarbonation industrielle, taxes sur le carbone, systèmes d'échange de droits d'émission...

Ces mesures peuvent être renforcées et étendues de manière significative.

Les paquets de mesures et les paquets de mesures pour l’ensemble de l'économie sont mieux à même de réaliser un changement systémique que les instruments politiques individuels pris isolément.

Une atténuation ambitieuse et efficace nécessite une coordination entre les gouvernements, la définition et la mise en œuvre de stratégies et l'obtention d'un consensus des diverses parties prenantes.
Ces efforts sont particulièrement efficaces lorsqu'ils s'appuient sur un engagement avec la société civile, les organismes professionnels, les entreprises, les peuples autochtones. Un mot sur le rôle des média, tel qu'examiné dans ce rapport.
Les médias jouent un rôle important sur la manière de communiquer vis-à-vis du changement climatique, avec des implications majeures sur les processus politiques. Si la couverture médiatique des sciences du changement climatique augmente, elle n’est pas toujours plus rigoureuse, et peut favoriser la diffusion de désinformation. La désinformation, y compris sur les réseaux sociaux, alimente la polarisation et les clivages, au détriment de stratégies politiques innovantes et ambitieuses.
L’accès unique des industries liées aux énergies fossiles aux média (poids de la publicité), en façonnant les narratifs médiatiques, exerce une influence politique.
La couverture médiatique portant sur les économies d’énergie, la sécurité énergétique, la justice sociale, permet de renforcer le soutien à l’action pour le climat en aidant à relier l’atténuation du changement climatique à d’autres préoccupations.
Les personnes les plus exposées aux impacts du changement climatique sont celles qui ont eu le moins accès aux informations pertinentes sur ce sujet via les médias de masse.
Passons maintenant aux enjeux majeurs liés aux technologies et à l'innovation. Des progrès considérables ont été accomplis ces dernières années!

Les investissements et les politiques publiques, notamment en matière de formation scientifique ainsi que de recherche et de développement, font progresser l'innovation technologique à basses émissions.

Pour prendre des décisions efficaces, il est essentiel d'évaluer les avantages et les risques potentiels des différentes technologies et approches, de comprendre leur mise en œuvre à l'échelle et d'identifier ce qui fait obstacle.

Certaines options sont techniquement viables, de + en + rentables et généralement soutenues par le public, ce qui permet leur déploiement dans de nombreuses régions.

Il s'agit par exemple de l'énergie solaire, des appareils à haut rendement énergétique, de l'amélioration de la gestion des forêts et des cultures, et de la réduction des déchets alimentaires. D'autres options se heurtent à des obstacles qu'il faut surmonter avant de pouvoir les mettre en œuvre à grande échelle.

L'adoption de technologies bas carbone est plus lente dans la plupart des pays en développement, notamment les moins développés, en raison de capacités limitées. Des possibilités existent pour accélérer.

Dans tous les pays, les actions visant à limiter le réchauffement de la planète qui se traduisent par des avantages plus larges pour la société peuvent accroître le rythme, la profondeur et l'ampleur des réductions d'émissions.

Une action climatique accélérée et équitable pour atténuer les effets du changement climatique et s'y adapter est indispensable au développement durable.

Ce rapport montre comment l'atténuation va de pair avec la réalisation de nombreux objectifs de développement durable.

De nombreux pays et régions appliquent déjà les principes d’une transition juste. L'équité et la mise en place de transitions justes peuvent conduire à une ambition plus grande pour une action climatique accélérée.

Intégrer les actions d'atténuation dans une stratégie de développement durable en renforce les multiples bénéfices.

C'est le cas dans les zones urbaines.

Les infrastructures vertes et bleues (toits et façades verts, réseaux de parcs & espaces ouverts, zones humides & agriculture urbaine) permettent non seulement d'absorber et de stocker le carbone, mais aussi d'atteindre de nombreux autres objectifs de développement durable. En + de stocker du carbone, ils peuvent réduire la pression sur les réseaux d'égouts urbains, diminuer les risques d'inondation et les effets des îlots de chaleur, avec des bénéfices en matière de santé publique.
En évitant la déforestation et en gérant durablement les sols, les forêts et le bétail, l'atténuation du changement climatique peut aussi déboucher sur une production responsable, une amélioration des moyens de subsistance et un renforcement de la sécurité alimentaire.

Il est possible de gérer par des politiques, infrastructures, partenariats et financements appropriés les conflits potentiels concernant l'usage des terres et la nécessité de garantir l'accès à la nourriture, à l'eau et à l'énergie. Ces exemples montrent les bénéfices multiples de l'atténuation, évalués de manière approfondie dans le rapport.

Le changement climatique est le résultat de plus d'un siècle d'utilisation non durable de l'énergie et des sols, de modes de vie et de modèles de consommation et de production non durables. Ce rapport montre comment agir maintenant peut nous faire évoluer vers un monde plus juste et vivable.

Les bénéfices en matière de santé publique (y compris via l'amélioration de la qualité de l'air) et les bénéfices économiques de l'atténuation dépasseront probablement les coûts initiaux de celle-ci dans de nombreuses régions!

Pour terminer, ce rapport souligne que les mouvements au sein de la société civile sont le premier moteur des changements sociaux et institutionnels. Il indique qu'une mise à jour des systèmes éducatifs, pour construire une éducation consciente de la santé planétaire et du bien-être humain, peut aussi accélérer la prise de conscience et l’action vis-à-vis du changement climatique.
Pour conclure : nous savons ce qu'il faut faire et comment le faire. Il ne tient qu'à nous d'agir maintenant.

J’espère que ce fil vous a donné envie d’en savoir plus : les chapitres du rapport, le résumé technique et le résumé pour décideurs sont tous disponibles ici en Anglais.

Climate Change 2022: Mitigation of Climate ChangeIntergovernmental Panel on Climate Change Working Group III contribution to the Sixth Assessment Reporthttps://www.ipcc.ch/report/ar6/wg3/

Merci!

PS : les illustrations proviennent du résumé pour décideurs, du résumé technique, et des différents chapitres... Je vous encourage à démarrer une éventuelle lecture par le résumé technique, clair et complet.


GIEC S6E1 : Les bases physiques du changement climatique
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GIEC S6E3 : L’atténuation du changement climatique
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Jamie Larson
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