🏱 Changer de regard

🏱 Changer de regard

Quand je suis passĂ© la semaine derniĂšre sur le site web de l’ANRU, l’Agence Nationale pour la RĂ©novation Urbaine (de certains quartiers d’habitat social), une vidĂ©o tournait en boucle prĂ©sentant un bĂątiment tout neuf, un chantier d’isolation, des gamins qui sortent de l’école, un tramway et
 des immeubles qui s’effondrent. C’est un monde qui disparaĂźt brutalement Ă  coup d’explosif, pour en inventer un nouveau. Rien de bien nouveau, cela fait plus de 20 ans que l’on tente de gommer le passĂ© pour construire l’avenir, au risque de dĂ©truire des bĂątiments qui pourraient connaĂźtre une seconde vie heureuse, si on s’en donnait la peine. Au risque surtout d’oublier que ces mĂštres cubes de bĂ©ton font partie de notre hĂ©ritage carbone collectif, et de la mĂ©moire personnelle de beaucoup. Mais ce traitement de choc a surtout Ă©tĂ© incapable de relever les dĂ©fis de ces quartiers :

(
) l’idĂ©e suivant laquelle la question sociale serait soluble dans le bĂ©ton, qui avait dĂ©jĂ  guidĂ© la construction des grands ensembles, a une nouvelle fois Ă©tĂ© invalidĂ©e par les faits : la rĂ©novation urbaine a produit des transformations spectaculaires de l’urbanisme des grands ensembles, mais celles-ci ne se sont pas prolongĂ©es par le changement d’image escomptĂ© de ces quartiers ni par le retour attendu des classes moyennes blanches et la disparition des problĂšmes sociaux et de vie sociale qui s’y manifestaient.

Ces mots sont tirĂ©s d’« On est bien arrivĂ©s », du sociologue Renaud Epstein. Dans ce bel album, il nous partage une poignĂ©e des centaines de cartes postales de grands ensembles qu’il collectionne et diffuse chaque jour sur son fil twitter. Car oui, l’image sociale de ces quartiers au dĂ©but de leur vie Ă©tait tellement positive que leurs habitants en envoyaient des photos Ă  leurs proches.

Cet ouvrage nous replonge dans ces quelques dĂ©cennies qui ont transformĂ© les banlieues des villes françaises, marquĂ©es par la dynamique de la reconstruction et la volontĂ© de sortir nos parents et grands-parents de l’insalubritĂ©. C’est une aventure constructive et humaine qui a permis de construire plus de 2 millions de logements, jusqu’à son arrĂȘt au dĂ©but des annĂ©es 1970. Commence alors l’ode au pavillonnaire, le dĂ©part vers le pĂ©riurbain d’une partie des habitants et la concentration de la misĂšre. Puis les premiers incidents aux Minguettes marquent le retournement de l’image de ces quartiers au dĂ©but des annĂ©es 1980, jusqu’au choix de la tabula rasa, qui se gĂ©nĂ©ralise au tournant du siĂšcle.

Plus qu’une page d’histoire ou de la nostalgie, ces cartes postales nous rappellent que ces quartiers n’ont pas toujours subi la stigmatisation qu’ils connaissent aujourd’hui, et que si les reprĂ©sentations sur ces morceaux de villes ont changĂ©, elles peuvent encore changer. Mais allez faire un tour sur le site de l’ANRU et regardez cette fameuse vidĂ©o introductive : aujourd’hui, plus de traces de l’explosion. Un changement de regard s’amorce-t-il sous nos yeux ?

— Sylvain Grisot (Twitter / Linkedin)

PS : Venez nous retrouver à Toulon le mardi 29 novembre pour une fresque de la ville et une conférence sur l'urbanisme circulaire, organisées par l'AUDAT. N'hésitez pas à vous inscrire !

💌
Pour ne manquer aucune de nos publications, abonnez-vous Ă  notre newsletter : dixit.net/newsletter
Grand Val Ă  Savigny-sur-Orge (@renaud_epstein)

Un jour, une ZUP. Échange avec le sociologue Renaud Epstein, qui collectionne depuis des annĂ©es des cartes postales de quartiers de grands ensembles pour garder trace de ces espaces urbains soumis a d’intenses transformations depuis une vingtaine d’annĂ©es. C’est une page oubliĂ©e de l’histoire de ces quartiers qui Ă©merge de son ouvrage intitulĂ© qui rĂ©unit quelques-unes de ces photos. Mais c’est surtout une tout autre image de ces quartiers qui apparaĂźt au travers de cette sĂ©rie de cartes postales, celle de quartiers tout neufs apprĂ©ciĂ©s par leurs nouveaux habitants.

📆 Le 8 novembre matin, c’est le 4e atelier de l’Ecole du Tertiaire Bas Carbone pour bĂątir son plan d’action spĂ©cial rĂ©novation ! (Novabuild)

đŸ—ïž Usage des bĂątiments. Notre camarade Mathilde Roussel est intervenue lors du congrĂšs HLM sur l’allongement de la durĂ©e de vie des bĂątiments en pratiquant la transformation, la flexibilitĂ© et la rĂ©versibilitĂ©. A voir ! C’est aussi l’occasion de lire le cahier RepĂšre n°103 de l'USH sur lequel nous avons travaillĂ© avec elle “Transformation de l'existant et construction rĂ©versible : penser le logement pour demain et aprĂšs-demain”. Un beau numĂ©ro plein de retours d’expĂ©rience sur la transformation de bureaux en logements, les logements Ă©volutifs et les constructions rĂ©versibles !

đŸ”„ Regarder le monde brĂ»ler. Comment rendre compte de la catastrophe sans catastrophisme ? Un journaliste engagĂ© depuis des annĂ©es sur cette ligne de crĂȘte tĂ©moigne de la difficultĂ© Ă  trouver le bon Ă©quilibre dans ses Ă©crits, comme dans sa vie. (AFP)

Alors, oĂč est-ce que tout cela me mĂšne ?  À un niveau personnel, je rĂ©alise que je ne peux plus que chroniquer, jour aprĂšs jour, la destruction accĂ©lĂ©rĂ©e de la nature et la tempĂȘte climatique qui s'amorce, comme je l'ai fait depuis 2007.  Ce n'est pas de l'Ă©puisement professionnel, du burn-out, c'est de l'auto-prĂ©servation.  Il y a maintenant une lĂ©gion de reporters pour prendre ma place.  Je ne peux pas non plus me rĂ©soudre Ă  croire, une fois de plus, que les nĂ©gociations des Nations unies sur le climat dĂ©boucheront sur autre chose qu'une amĂšre dĂ©ception agrĂ©mentĂ©e de juste assez de progrĂšs pour empĂȘcher le processus de s'effondrer.

đŸ„” Bienvenue Ă  Meltsville ! Imaginez une ville oĂč il commence Ă  faire chaud, trĂšs chaud
 Pas trĂšs difficile comme projection, on en sort Ă  peine ! Une belle infographie qui illustre les impacts d’une vague de chaleur sur les infrastructures urbaines. Ne manque qu’un pan essentiel de la ville : ses habitants. In English. (Washington Post)

📖 Des quartiers sans voiture, de l’audace Ă  la rĂ©alitĂ©. StĂ©phane Boye (Éditions Somme Toute 2022).Et si on construisait des quartiers sans voitures ? Ce seraient de nouvelles piĂšces urbaines qui se traversent Ă  pied en une dizaine de minutes, desservies par des ruelles dĂ©diĂ©es au vĂ©gĂ©tal et aux jeux des enfants, Ă©quipĂ©es de parkings uniquement Ă  leurs franges. Ce petit livre dĂ©taille de façon pĂ©dagogique pourquoi c’est une bonne piste, et comment la mettre en Ɠuvre, jusqu’à en dĂ©tailler les enjeux Ă©conomiques. Une belle utopie ? Cela se pourrait bien, si ce n’est que ce petit ouvrage nous vient d’AmĂ©rique du Nord, et qu’il a Ă©tĂ© Ă©crit par le nouveau maire de Laval, un des reprĂ©sentants d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’élus locaux qui bouleverse la vie locale au QuĂ©bec. À suivre attentivement.

dixit.net est une agence de conseil et de recherche urbaine. Tous les mercredis, nous décryptons les grands enjeux de la ville et de ses transitions. Si vous la lisez pour la premiÚre fois, c'est le moment de vous abonner à cette newsletter.

Read more