Boucle 2

Transformer l'existant : la deuxième boucle de l'urbanisme circulaire

Adapter en continu la ville en place plutôt que de la détruire pour la reconstruire : espaces publics réversibles, bâtiments transformables, jardins densifiés.

D'après Manifeste pour un urbanisme circulaire, Sylvain Grisot — Éditions Apogée · Une synthèse publiée sur dixit.net

Quand intensifier ne suffit plus, la deuxième boucle de l'urbanisme circulaire consiste à transformer l'existant : faire évoluer en continu l'espace public, les bâtiments et le tissu pavillonnaire pour répondre à de nouveaux besoins, sans les détruire.

L'île de Nantes et le pavé magique

Pendant dix ans, Patrick Henry a dirigé le projet urbain de l'île de Nantes conduit par l'agence de l'architecte-urbaniste Alexandre Chemetoff. Sa trame d'espaces publics repose sur un matériau simple et rustique, sans dessin préétabli : un petit pavé de béton de dix centimètres de côté, posé sur du sable, qui peut être « fait, défait et refait » à volonté au fil des besoins et des évolutions du tissu privé environnant.

Ce choix s'inscrit dans une tradition ancienne de l'urbanisme français — celle d'une trame d'espace public stable, à la Haussmann ou à l'Alphand, sur laquelle vient se dérouler le reste du projet urbain. Mais avec une ironie assumée par Patrick Henry lui-même : « on pose quelque chose de fixe, de définitif dans sa forme et son dessin, mais dont la nature est d'être très souple et adaptable ».

La chaussée qui se démonte

Le même esprit anime la chaussée urbaine démontable (CUD), mise au point il y a une dizaine d'années par les ingénieurs de l'Ifsttar (l'Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux). Sa géométrie hexagonale, testée sur l'île de Nantes pendant dix ans (les dalles ont supporté un trafic quotidien de 20 à 30 poids lourds), permet d'accéder aux réseaux enterrés puis de restituer la chaussée sans avoir à la rapiécer, comme c'est le cas pour l'enrobé classique.

Après une décennie d'interruption des essais liée à la crise de 2008, l'idée connaît un regain d'intérêt : la filiale de Google Sidewalk Labs s'en est inspirée pour un prototype de « rue de demain » à Toronto, tandis que le programme I-Street relance à Nantes une chaussée hexagonale enrichie de nouvelles fonctionnalités (dalles poreuses, capteurs, éclairage LED).

Loger dans les interstices

À Bruxelles, l'architecte Luc Schuiten développe depuis plusieurs années le projet Archi Human, qui consiste à construire des logements dans les interstices délaissés de la ville — des bouts d'espaces publics sans usage, obtenus auprès des pouvoirs publics via un bail emphytéotique symbolique d'un euro — pour y loger sans condition des personnes en grande précarité, souvent depuis longtemps à la rue.

Le principe qui structure la démarche : un logement inconditionnel, sans limite de temps ni contrepartie autre que le respect du lieu, construit en matériaux biosourcés pensés pour redevenir un jour des déchets recyclables plutôt que des gravats.

BIMBY, densifier maison par maison

Face au foncier invisible des jardins pavillonnaires, la méthode BIMBY (Build In My Backyard, « Construis dans mon jardin »), imaginée par David Miet et la coopérative Villes Vivantes, propose de densifier le tissu existant en s'appuyant sur les propriétaires eux-mêmes plutôt que sur un opérateur extérieur. À Périgueux, la première grande opération lancée en 2016 a mobilisé 250 porteurs de projets sur trente mois, pour aboutir à 101 projets concrétisés dans les jardins des habitants.

La condition de réussite mise en avant par David Miet est méthodologique avant d'être réglementaire : « la première condition de réussite d'une opération BIMBY, c'est donc de renverser le rapport que nous entretenons (élus et techniciens) avec les habitants, en considérant l'urbanisme comme un service offert aux habitants ». Sans ce renversement, et sans un accompagnement de terrain dédié à chaque projet, la densification douce spontanée génère surtout des conflits de voisinage.

« La première condition de réussite d'une opération BIMBY, c'est de renverser le rapport que nous entretenons avec les habitants, en considérant l'urbanisme comme un service offert aux habitants. »
Sylvain Grisot, Manifeste pour un urbanisme circulaire

Le chapitre en bref

  • Sur l'île de Nantes, un pavé de béton posé sur sable permet de refaire l'espace public sans jamais le figer.
  • La chaussée urbaine démontable de l'Ifsttar (dalles hexagonales) permet d'accéder aux réseaux enterrés sans détruire la voirie.
  • À Bruxelles, le projet Archi Human construit des logements inconditionnels dans les interstices délaissés de la ville.
  • La méthode BIMBY a permis de concrétiser 101 projets de densification douce en 30 mois à Périgueux, sans étalement.

Manifeste pour un urbanisme circulaire

Pour des alternatives concrètes à l'étalement de la ville
Sylvain Grisot · Éditions Apogée

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Sylvain Grisot est urbaniste et fondateur de dixit.net, une agence de conseil et de recherche pour les transitions urbaines. Conférencier, enseignant et chercheur, il est aussi l'auteur de Redirection urbaine (Éditions Apogée, 2026) et de Réparons la ville ! avec Christine Leconte (Éditions Apogée, 2022).

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