Méthode

Engager la redirection : la méthode

Renoncer, consentir, s'approprier, coopérer : comment articuler les six chantiers de l'adaptation urbaine en une démarche d'action.

D'après Redirection urbaine, Sylvain Grisot — Éditions Apogée, Transitions Urbaines · Une synthèse publiée sur dixit.net

Dans sa préface à Redirection urbaine, Hélène Peskine (secrétaire permanente du PUCA) résume la méthode que Sylvain Grisot développe déjà depuis le Manifeste pour un urbanisme circulaire : pour entrer dans le monde nouveau, chacun — du maire à l'habitant, en passant par l'opérateur foncier, l'architecte ou le commerçant — doit traverser quatre états : le renoncement, le consentement, l'appropriation et la coopération.

Le renoncement, un point de départ plutôt qu'une fin

Renoncer n'est plus une punition : c'est le premier geste de la prise de conscience collective, celui qui permet de préserver des sols vivants, de faire revivre un patrimoine, d'éviter de détruire des ressources rares. Pour Laurent Delcayrou, du Shift Project, cité dans le livre, c'est même une manière d'engager sa transition : plutôt que d'attendre des investissements hors de portée des collectivités, on peut commencer par suspendre les projets dont on sait déjà qu'ils vont dans la mauvaise direction. Nos organisations connaissent la marche avant et le frein ; la marche arrière reste à apprendre.

Penser les attachements pour éviter les pièges d'une fausse sobriété

Le livre met en garde contre les mesures de sobriété qui ignorent qui elles affectent réellement : taxer la mobilité automobile là où personne ne peut se payer la proximité, fermer une piscine l'été sans autre solution de rafraîchissement, baisser à distance le chauffage de locataires pour qui le logement est le seul refuge, couper l'éclairage public au risque d'assigner à résidence celles et ceux qui craignent de marcher dehors le soir. Autant de décisions prises au nom d'une sobriété rationnelle, mais aveugle aux attachements, voulus ou subis, de celles et ceux qu'elles touchent.

Rendre le projet adaptatif

Le processus de projet classique — programme figé, conception, construction, usage, avec des étapes qui « crantent » les décisions pour ne jamais revenir en arrière — ne correspond plus à une époque d'incertitude. Le livre appelle à des projets itératifs, modestes dans leurs moyens, capables de laisser une vraie place au doute et à l'expérimentation, où le renoncement reste une option ouverte à chaque étape plutôt qu'un aveu d'échec.

Faire croître de nouveaux savoir-faire

Chacun des six chantiers appelle des compétences qui n'existent pas encore vraiment aujourd'hui : experts des sols vivants, climatologues urbains, accompagnateurs de densification douce, ingénieurs en non-construction, régisseurs du transitoire, gestionnaires de sols communs, stratèges de la redirection. Le livre insiste : aucune école ne forme encore vraiment à ces métiers de tisserands, capables de relier les disciplines, les échelles et les temporalités.

Réagencer les rôles, jusqu'aux élus

La figure de l'élu décideur qui trace un cap et réduit les incertitudes est, selon le livre, dépassée par l'ampleur des bouleversements en cours. Elle laisse place à un leadership rassembleur, capable d'expliquer les enjeux, de mobiliser les énergies et d'animer un collectif. Les équipes des collectivités doivent sortir d'une posture de simple exécution pour expliquer et proposer ; les citoyens sont appelés à apporter leurs talents à un renouveau démocratique — sans basculer ni dans l'autoritarisme, ni dans l'attentisme.

Regarder au-delà de l'horizon

Le livre convoque la « tragédie de l'horizon » décrite par Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d'Angleterre : les effets les plus graves du changement climatique se font sentir au-delà des horizons traditionnels — cycle économique, cycle politique, horizon technocratique — de la plupart des décideurs. Face à ce décalage, Sylvain Grisot convoque la figure d'Elzéard Bouffier, le berger imaginé par Jean Giono dans L'Homme qui plantait des arbres : planter des forêts entières sans jamais les voir grandir, non pour soi, non pour maintenant, mais pour les autres et pour demain.

« Regarder demain depuis aujourd'hui, c'est rester focalisé sur la montagne des changements à gravir. Mais regarder demain depuis après-demain, c'est comprendre profondément leur nécessité. »
Sylvain Grisot, Redirection urbaine

Le chantier en bref

  • La transition passe par quatre étapes collectives : renoncement, consentement, appropriation, coopération.
  • Renoncer n'est pas un aveu d'échec : c'est souvent le geste le plus rapide pour libérer des marges de manœuvre.
  • Les mesures de sobriété qui ignorent les attachements des habitants créent plus de résistance que d'adhésion.
  • De nouveaux métiers de la redirection restent à inventer — et à enseigner.

Redirection urbaine

Sur les chantiers de l'adaptation de nos territoires
Sylvain Grisot · Éditions Apogée, collection Transitions Urbaines · 15 € TTC

Acheter le livre

Sylvain Grisot est urbaniste et fondateur de dixit.net, une agence qui accompagne les territoires et les organisations qui font la ville dans leur redirection. Consultant, conférencier, enseignant et chercheur, il est aussi l'auteur du Manifeste pour un urbanisme circulaire (Éditions Apogée, 2021) et de Réparons la ville ! avec Christine Leconte (Éditions Apogée, 2022).

dixit.net · LinkedIn