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Le temps : faire beaucoup plus avec ce qui existe déjà

Deuxième chantier : intensifier l'usage des mètres carrés existants plutôt que d'en construire de nouveaux.

D'après Redirection urbaine, Sylvain Grisot — Éditions Apogée, Transitions Urbaines · Une synthèse publiée sur dixit.net

Le deuxième chantier identifié dans Redirection urbaine porte sur le temps : la plupart des bâtiments et des espaces urbains ne sont occupés qu'une fraction de la journée ou de l'année. Les faire vivre davantage est, selon Sylvain Grisot, un gisement considérable — sans construire un mètre carré de plus.

Des bâtiments neufs pensés pour plusieurs usages

À Grenay, ancienne ville minière des Hauts-de-France, le projet de médiathèque a été conçu pour multiplier les usages plutôt que d'ajouter un équipement de plus ouvert quelques heures par semaine : accès aux livres à horaires élargis, fablab avec imprimantes 3D, salle informatique, espace de projection, permanences sociales, et même un bar-cuisine collective géré en régie municipale.

À Trévoux, l'écoquartier des Orfèvres devait initialement accueillir une école et une salle multi-usage séparées ; un seul bâtiment a finalement été construit, la cantine du groupe scolaire accueillant d'autres activités le soir et le week-end. À Amsterdam, la Vrije Universiteit a noué un partenariat avec un cinéma pour que l'un des amphithéâtres de son futur campus serve de salle de cours le jour et de salle de cinéma le soir et le week-end.

Symbole de cette hybridation, Métal 57 à Boulogne-Billancourt réunit 40 000 m² d'anciennes halles industrielles automobiles, transformées en sièges sociaux d'entreprises traversés par une rue intérieure ouverte au quartier, avec espaces de sport, business center, auditorium et pôles de restauration.

L'urbanisme transitoire, laboratoire du vivant

À Villeurbanne, 7 000 m² dégagés en prévision d'un projet urbain qui tarde deviennent un terrain d'expérimentation grandeur nature pour des modes constructifs, des commerces et des collectifs habitants. À Paris, la coopérative d'urbanisme transitoire Plateau Urbain a investi les 25 000 m² du site Censier, libérés par le déménagement de la Sorbonne-Nouvelle : Césure y accueille près de 200 structures pendant la durée du chantier de réaménagement.

À Montréal, la Cité-des-Hospitalières — un bâtiment de 1861, longtemps occupé par des religieuses cloîtrées, cédé à la ville en 2017 — est prise en charge depuis 2019 par l'organisme Entremise, qui y structure une phase d'urbanisme transitoire. Comme l'explique son cofondateur Philémon Gravel, il ne s'agit pas de décréter que le projet transitoire deviendra pérenne, mais de tester concrètement, avec les habitants, les usages qui pourraient s'installer durablement.

Près de Bruxelles, la gare de Jette, désaffectée depuis la fermeture de son guichet, est devenue en quelques mois un pôle de vie de quartier porté par trois associations. Et à Gand, l'occupation temporaire est érigée en politique publique à l'échelle de toute la ville : 40 à 50 bâtiments publics ou privés y sont occupés en permanence, via un appel à candidatures ouvert aux acteurs non commerciaux et un jury associant les services de la collectivité.

Un nouveau métier : gérer le partage

Entre intensification, mixité et occupation temporaire, une même exigence revient sans cesse dans le livre : il faut des femmes et des hommes pour animer ces lieux partagés et arbitrer les usages au quotidien. Un métier exigeant, qui s'apprend sur le terrain, et qui n'a pourtant rien d'évident pour des investisseurs focalisés sur la réduction des coûts d'exploitation.

« L'urbanisme transitoire n'est pas un accroc ponctuel dans le tissu urbain [...], c'est une infrastructure sociale essentielle. »
Sylvain Grisot, Redirection urbaine

Le chantier en bref

  • La majorité de nos bâtiments et espaces publics ne sont occupés qu'une fraction du temps.
  • L'occupation temporaire permet de tester des usages avant de les pérenniser.
  • Certaines villes (Gand) organisent l'occupation transitoire comme une politique publique à part entière.
  • Le vrai frein n'est pas technique : c'est le manque de professionnels formés à l'ingénierie du partage.

Redirection urbaine

Sur les chantiers de l'adaptation de nos territoires
Sylvain Grisot · Éditions Apogée, collection Transitions Urbaines · 15 € TTC

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Sylvain Grisot est urbaniste et fondateur de dixit.net, une agence qui accompagne les territoires et les organisations qui font la ville dans leur redirection. Consultant, conférencier, enseignant et chercheur, il est aussi l'auteur du Manifeste pour un urbanisme circulaire (Éditions Apogée, 2021) et de Réparons la ville ! avec Christine Leconte (Éditions Apogée, 2022).

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