Réparons la ville ! (Éditions Apogée, 2021), écrit à deux voix par l'architecte Christine Leconte et l'urbaniste Sylvain Grisot, s'ouvre sur un rappel brutal : la fabrique de la ville est au cœur des trois crises du siècle — celle des ressources, celle de la biodiversité, celle du climat.
Lytton, ou la fin de l'insouciance
Le 29 juin 2021, Lytton, petit village canadien de 250 habitants, bat pour la troisième fois consécutive le record de chaleur au Canada, avec un pic à 49,6 °C. Le lendemain, un incendie rayera le village de la carte en quelques minutes. Cet épisode, rappellent les auteurs, n'est qu'une victime de plus sur une liste qui s'allonge sérieusement — le signe que nous vivons la fin tardive d'un siècle et le début d'une ère nouvelle, pleine d'incertitudes.
Construire la ville, c'est épuiser des ressources naturelles et énergétiques : c'est l'activité qui consomme le plus de ressources minérales et produit le plus de déchets en France. Mais c'est aussi consommer une ressource immatérielle, l'espace : entre 20 000 et 30 000 hectares de sols agricoles, naturels ou forestiers changent chaque année d'usage en France pour l'urbanisation — l'équivalent de quatre à cinq stades de foot toutes les heures.
Une crise aussi sociale et démocratique
Le livre insiste : cette crise climatique et environnementale touche d'abord les plus pauvres, à l'échelle de la planète comme de nos villes, pendant que les plus riches, responsables de l'essentiel des émissions, s'en protègent mieux. S'y ajoute donc une crise démocratique, qui appelle à retisser le vivre-ensemble et les solidarités à toutes les échelles de la ville.
Les « 3 A » du changement
Pour engager la transition, les auteurs proposent de retenir trois verbes. « Adapter » nos pratiques individuelles et collectives. « Adopter » de nouvelles actions, faciles à lister mais difficiles à mettre en œuvre faute de moyens. Et surtout « Abandonner » — le grand oublié : accepter de laisser certaines choses de côté, pas seulement les grands projets devenus inutiles, mais aussi des pans entiers de la fabrique quotidienne de la ville, pour se donner les moyens d'agir sur l'essentiel.
« Rien n'est à inventer, mais tout reste à faire. »
Les propositions du chapitre
- Engager un débat national sur les enjeux de transition de la fabrique de la ville, impliquant élus, professionnels et citoyens.
- Penser la ville pour ses habitants en rompant avec la dépendance automobile.
- Mettre un terme à l'éloignement systématique des usages et à la consommation d'espaces agricoles et naturels.
- Rompre avec un mode de fabrication de la ville focalisé sur les grandes opérations et des produits immobiliers neufs standardisés.
- Faire essaimer les pratiques pionnières de la fabrique de la ville.