Le chapitre s'ouvre sur un extrait des Furtifs d'Alain Damasio, où des avenues entières sont réservées aux abonnés premium, tandis que les habitants des « bidonvilles » n'ont accès qu'à 91 % des rues. Une fiction que les auteurs relient à des tendances déjà bien réelles : rues commerçantes sous vidéosurveillance privée, cœurs d'îlot de copropriétés fermés aux passants.
La crise urbaine est démocratique
Quand les inégalités se creusent, la ville en porte la trace spatiale : misère concentrée dans certains quartiers, ménages aux revenus normaux repoussés loin des métropoles, lotissements qui s'enferment derrière des grilles. La fragmentation de la ville en éclats isolés ébranle, selon les auteurs, les bases mêmes de la démocratie locale et du partage.
Du comment au pourquoi
Construire dans la ville déjà là suscite de plus en plus d'oppositions — le pays traverse une vague de Nimby (« Not In My Backyard »). Une étude de quatre chercheurs de la London School of Economics, qui a testé les réactions d'habitants de la périphérie de Londres à des projets de densification aux caractéristiques variées, aboutit à un résultat sans appel : ce ne sont ni la densité, ni la forme architecturale qui déterminent l'acceptabilité d'un projet, mais deux facteurs précis — expliquer pourquoi le projet est nécessaire, et impliquer réellement les riverains dans sa conception.
Le retour des bâtisseurs de cathédrales
Les plans locaux d'urbanisme (PLU), documents censés porter une vision prospective partagée du territoire, sont devenus hypertechniques, peu lisibles même par des professionnels aguerris, et cantonnés à une échelle communale trop étroite pour les enjeux réels. Le livre appelle à réinventer ces méthodes de dialogue en repartant des habitants, et à retrouver la patience des bâtisseurs de cathédrales, qui savaient ne jamais voir l'achèvement de leur ouvrage — une référence, une fois de plus, à l'homme qui plantait des arbres de Jean Giono.
La Convention citoyenne pour le climat est citée comme preuve que 150 citoyens tirés au sort, en désaccord sur presque tout au départ, peuvent converger vers des propositions ambitieuses dès lors qu'on leur laisse le temps du dialogue avec des experts. Reste à transformer cette méthode en récit politique capable d'embarquer des millions de Français.
« Un projet dans la ville habitée n'est pas l'application stricte des droits d'un propriétaire sur sa parcelle, il questionne tout son quartier. »
Les propositions du chapitre
- Cesser de chercher à donner envie de ville, mais bâtir une ville qui donne envie d'y vivre.
- Réinventer les modalités de dialogue autour des projets urbains et repenser le rôle des élus locaux.
- Rendre lisibles et appropriables des documents d'urbanisme pensés systématiquement à l'échelle intercommunale.