Chapitre 5 / 8

Faire la campagne à la ville

Cinquième chapitre : ce que le confinement a révélé de notre besoin de nature, et comment reconstruire de vrais sols vivants.

D'après Réparons la ville !, Christine Leconte et Sylvain Grisot — Éditions Apogée · Une synthèse publiée sur dixit.net

La France a été l'un des rares pays à fermer ses parcs et jardins publics pendant le confinement de 2020 — une décision qui a révélé, par le manque, à quel point cette nature en ville rend nos quartiers habitables.

Ce que le confinement a révélé

Quelques semaines sans entretien ni circulation ont suffi pour que la nature envahisse agréablement l'espace public. Au parc Sainte-Périne, dans le 16e arrondissement de Paris — un espace resté longtemps à l'état de friche derrière les grilles d'un hôpital — l'ouverture au public a immédiatement vu les enfants s'approprier une nature plus sauvage : bâtons, feuilles, branches mortes. Une nature « moins policée » que les pelouses bien tondues, et dont les auteurs regrettent qu'elle reste l'exception plutôt que la norme.

Le sol, mémoire de la ville

Sous l'enrobé d'un parking, il n'y a pas de sol fertile prêt à accueillir la végétation : les sols urbains portent les traces de toute l'histoire de la ville — déchets, gravats, hydrocarbures, métaux lourds, solvants — et leur réactivation est un travail patient, pas un simple apport de terre végétale importée (elle-même souvent prélevée sur des terres agricoles grignotées par l'étalement urbain).

À Helsinki, le quartier de Viikki illustre une autre voie : son principe des « doigts verts » fait pénétrer des coulées végétales entre les îlots de logements, jusqu'à former une couronne agricole ; l'ensemble des eaux de pluie y converge vers ces coulées avant de rejoindre un ruisseau puis les champs — une gestion pensée pour la biodiversité autant que pour l'eau.

Ménager plutôt qu'aménager

Le prix du sol agricole sur le marché ne reflète en rien sa valeur écosystémique. Les auteurs plaident pour apprendre à « ménager » le territoire plutôt qu'à l'aménager sans discernement : chaque opération de construction devrait devenir une occasion de plantation, pour que densité bâtie rime enfin avec densité de nature, sur le foncier privé comme public.

« Il nous faut apprendre à planter petit, tôt et ici, comme à respecter l'héritage de ces sols imparfaits planqués sous le bitume. »
Christine Leconte et Sylvain Grisot, Réparons la ville !

Les propositions du chapitre

  • Désimperméabiliser les sols urbains et favoriser la présence de pleine terre dans les opérations de construction et d'aménagement.
  • Créer une nouvelle canopée urbaine en généralisant la présence d'arbres en ville.
  • Remailler les réseaux du végétal, de l'eau et du sol en restaurant les continuités écologiques pour laisser la biodiversité prendre de la place.
  • Associer systématiquement aux opérations de construction la densification du végétal dans les emprises privées et publiques.

Réparons la ville !

Propositions pour nos villes et nos territoires
Christine Leconte et Sylvain Grisot · Éditions Apogée · 14 € TTC

Acheter le livre

Réparons la ville ! est écrit à deux voix par Christine Leconte, architecte-urbaniste, présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes depuis 2021 et enseignante à l'ENSA-Versailles, et Sylvain Grisot, urbaniste et fondateur de dixit.net, également auteur du Manifeste pour un urbanisme circulaire (Éditions Apogée, 2021) et de Redirection urbaine (Éditions Apogée, 2026).

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