Depuis un demi-siècle, l'essentiel des efforts de la fabrique urbaine porte sur la construction neuve, toujours plus loin. Mais 80 % de la ville de 2050 est déjà là : c'est son adaptation, bien plus que la construction neuve, qui devrait être la priorité.
Le vrai enjeu : tout le stock, pas seulement le flux
La France construit environ 350 000 logements neufs par an, mais les débats se concentrent trop souvent sur ce chiffre alors que l'enjeu concerne l'ensemble des 36 millions de logements du pays. Le pays compte déjà plus de trois millions de logements vacants — un potentiel largement sous-exploité pour recréer une offre de qualité dans les centres urbains, aux côtés d'une vacance parfois spéculative liée aux plateformes de location touristique.
Sur le plan énergétique, la Stratégie nationale bas carbone prévoit une réduction de 95 % du budget carbone du secteur du bâtiment d'ici 2050. Avec trois millions de chaudières au fioul encore en fonctionnement et l'essentiel du parc construit avant 2000 à réhabiliter, l'ampleur de la tâche impose une réhabilitation globale plutôt que des gestes techniques partiels.
L'urbanisme circulaire, une réponse par les boucles
C'est dans ce chapitre que le livre introduit le concept d'urbanisme circulaire développé par Sylvain Grisot dans son Manifeste : chercher d'abord la réponse à nos besoins dans la ville existante, à travers cinq boucles complémentaires. Éviter de construire, en intensifiant les usages des bâtiments déjà là. Éviter de déconstruire, par la transformation du bâti existant. Densifier dans l'enveloppe urbaine déjà consommée. Recycler des espaces urbains en friche. Renaturer enfin certains espaces, en leur rendant des usages naturels.
Repenser ainsi la ville suppose de reconsidérer le territoire non comme un bien économique quelconque, mais comme un commun : l'article 1 du Code de l'urbanisme rappelle que « le territoire français est le patrimoine commun de la nation ».
Le foncier invisible et les nouveaux métiers
Rien qu'en Île-de-France, les premiers recensements ont permis de repérer plus de 2 700 friches pour près de 4 200 hectares. Ce foncier invisible, ajouté aux équipements publics sous-utilisés et au tissu pavillonnaire mal isolé, représente un gisement considérable pour répondre aux besoins sans étalement supplémentaire.
Cette transformation appelle, selon les auteurs, toute une génération de métiers encore émergents : urbaniste des temps, ingénieur en non-construction, picopromoteur, animateur des mutations pavillonnaires, aménageur agricole, écologue urbain, paysagiste du macadam.
« 80 % de la ville de 2050 est déjà là ! Les enjeux de l'adaptation de la ville existante sont donc la priorité. »
Les propositions du chapitre
- Rompre avec la démolition systématique des bâtiments existants pour favoriser leur réhabilitation.
- Mettre en place des politiques nationales et une mobilisation financière à la hauteur des enjeux d'adaptation du bâti et de la ville.
- Mobiliser l'ensemble des professionnels autour de l'adaptation globale du bâti et de la ville, au-delà des seules questions énergétiques.
- Investir dans la prise de conscience et le développement des compétences des professionnels.