Le chapitre s'ouvre sur l'histoire d'un maire corse qui voulait agrandir son école maternelle tout en bois, avec le bois de la forêt communale — avant que les règles de la commande publique et des assurances ne le ramènent à un bâtiment mêlant béton et bois importé de Pologne. Un symptôme d'une dépendance plus large aux matériaux venus de loin.
Le poids écrasant du béton
En 2019, le secteur du bâtiment a émis dans le monde près de 10 milliards de tonnes de CO₂. Le béton, qui permet de construire les deux tiers des bâtiments dans le monde, en est le principal responsable : la fabrication du ciment qu'il contient représente à elle seule 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, en hausse de 80 % en dix ans. Une maison nécessite environ 200 tonnes de sable, alors que seulement 5 % du sable mondial est utilisable pour le béton — au point que Dubaï, entourée de désert, doit importer le sable de ses chantiers.
Diversifier la palette des matériaux
Bois, terre crue (15 % du patrimoine bâti français, le plus vieux matériau du monde), chanvre, paille, osier : ces matériaux biosourcés ou géosourcés captent le carbone, se régulent bien thermiquement, et s'appuient sur des filières locales. Dans le Vorarlberg, région rurale et montagneuse d'Autriche largement boisée mais peu exploitée avant 1980, élus et architectes ont construit toute une filière locale autour du bois, créant une économie de proximité qui réinvestit sur le territoire.
En 2017, l'Ordre des architectes d'Île-de-France s'installe au Salon de l'agriculture pour rapprocher les agriculteurs franciliens, qui se lancent dans la production de chanvre et de paille, et les architectes en quête de matériaux de construction — un exemple des liens à tisser entre fabrique de la ville et monde agricole.
La mine urbaine
Les secteurs du bâtiment et des infrastructures sont responsables des deux tiers des déchets produits en France. Les auteurs y voient une mine urbaine sous nos yeux : portes, quincaillerie, carrelages, structures métalliques envoyées à la benne alors qu'elles pourraient être réemployées. Diagnostics ressources, plateformes d'échange de matériaux, écosystèmes locaux de réemploi : le chapitre appelle à inverser le processus de conception, en partant des ressources disponibles plutôt que des catalogues du neuf.
« Nous entrons dans l'ère des raretés, et notre capacité à bâtir en est menacée. »
Les propositions du chapitre
- Structurer les filières locales de production de matériaux biosourcés et géosourcés.
- Développer des écosystèmes de réemploi et créer des plateformes locales de traitement et d'échange des matériaux.
- Donner systématiquement la priorité aux filières locales et au réemploi dans les opérations publiques et la commande publique.
- Systématiser la construction de bâtiments neufs évolutifs, capables de changer d'usage sans déconstruction.
- Développer les compétences des professionnels autour des matériaux alternatifs, et informer le public.