Le chapitre s'ouvre sur quatre générations d'une même famille : Christiane, qui sillonnait la ville à vélo dans les années 1950 ; sa fille Isabelle, qui va seule à l'école à pied vingt ans plus tard mais n'explore plus aussi loin ; sa petite-fille Laura, conduite partout en voiture dans les années 2000 ; et l'arrière-petite-fille Emma, qui retrouve enfin, aujourd'hui, le chemin de l'école à vélo grâce à des rues repensées.
Des enfants chassés hors des rues
En 2007, le chercheur William Bird a cartographié l'espace de déplacement autonome des enfants d'une même famille anglaise sur quatre générations : un périmètre qui s'est réduit, génération après génération, jusqu'à ne plus représenter qu'un point devant la maison. Une baisse d'autonomie confirmée en France, associée à l'abandon de la marche et du vélo au profit de la voiture, et à une éducation qui apprend désormais aux enfants à se méfier de la rue plutôt qu'à se l'approprier.
Vers le zéro accident
438 personnes sont mortes dans les rues des villes françaises en 2019 en marchant ou en faisant du vélo, et près de 14 000 ont été blessées pour les mêmes raisons. Les auteurs appellent à un nouveau référentiel de conception des rues inspiré de l'aéronautique, où chaque accident fait l'objet d'une analyse systématique de ses causes : l'objectif affiché doit être le zéro accident, pas sa simple réduction.
Le vélo — « la petite reine » — est présenté comme le levier le plus puissant pour engager cette transformation à grande échelle, à condition de lui offrir de vraies infrastructures sécurisées plutôt que des bandes peintes sur l'enrobé. Mais la marche, qui représente près d'un quart des déplacements en France, reste la grande absente des politiques d'aménagement.
Rendre la rue à tous les usages
Au-delà du seul débat entre voiture et vélo, le livre appelle à revoir la rue comme un espace commun où l'on peut s'asseoir, discuter, jardiner, vendre, jouer — pas seulement s'y déplacer. Rues sans voiture devant les écoles, dimanches sans voiture, rues rendues aux enfants : autant de leviers pour réengager cette reconquête, en commençant, suggèrent les auteurs, par le chemin de l'école.
« La rue est le lieu du collectif et le cœur de notre démocratie. »
Les propositions du chapitre
- Interdire systématiquement la circulation automobile devant les écoles et intégrer les enjeux de mobilité à la pédagogie scolaire.
- Libérer les rues de l'occupation automobile pour les rendre appropriables par chacun, au-delà des seuls usages de mobilité.
- Créer des réseaux de pistes cyclables sécurisés à l'échelle des agglomérations.
- Généraliser les dimanches sans voiture et les rues rendues aux enfants.